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Rejjie & Rejovich

Rejjie Snow Rejovitch
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Et si la découverte de l’année 2016 était en fait une mixtape de 2013 ? Écouter pour la première fois Rejovich avec trois années de retard, c’est un peu la lose quand on est fan de hip-hop. Mais quelle claque ! En seulement seize minutes et cinquante-cinq secondes d’écoute, cinq titres et un visuel avec KKK et noire américaine bras dessus bras dessous, Rejjie Snow impressionne par son flow nonchalant et noir au possible.

Pourtant, lorsque Loveleen déboule, c’est la fumée du calumet qui s’engouffre dans les oreilles. Tempo lent, voix feutrée. Le dénommé Alex Anyaegbuman a décidé de commencer en jazz. Nas l’ayant emmené au rap, on constate naturellement l’influence du maître sur le boy de Dublin. Quelques accords de piano plaqués plus tard, on est entraîné par la classe du MC,  capuche sur la tête et chemise fermée jusqu’au dernier bouton.

« Born in 93, one double nine three »

Virage à 180 degrés avec Snow (My Rap Song). La partie instrumentale râpe les sens, Rejjie est vénère comme jamais et tire à vue. Direction la cave: on bascule vers Tyler, The Creator, on mange des cafards comme dans Yonkers, on se fait éclater par le sentiment de claustrophobie qu’apporte le son et on laisse son venin se répandre dans nos veines. Pas étonnant quand on sait que l’Irlandais a fricoté avec les loups de Odd Future. Ce titre fait l’effet d’une bombe au milieu du contenu plus groovy du reste de la mixtape.

Direction la mélancolie avec USSR.  Plus aérien, plus froid, on repart dans l’apesanteur caractéristique du flow de Rejjie. On joue sur le territoire des Illuminati et Jesse James pose ses rimes sans jamais forcer. Peut-être le moins marquant des morceaux, le titre fait redescendre la pression et nous prépare pour les deux pépites suivantes. Rejovich prend une toute autre dimension une fois le cap des neuf minutes franchi.

1992 est un modèle du genre. Cigare en bouche, canapé cuir, fauteuil panthère, dorures et Hennessy dans la main. Snow récite sa poésie dans un groove carrément nonchalant. La production instrumentale hypnotise et on se laisse embarquer dans son cercle séducteur . D’ailleurs, Loyle Carner met aussi tout le monde d’accord sur son couplet. 1992 c’est la chaleur californienne en low-rider, c’est papa en peignoir qui sirote pendant son séjour à Miami, la verte feuille qui s’enflamme, c’est Rejjie qui devient Snow.

« Back in ’92, Dr. Dre came / The Chronic in my room, daddy would play »

Olga (1984), mon amour. Tu viens clôturer en beauté la sombre danse entamée par Rejjie. L’intro est démente, teintée de big booties et de rondeurs cuivrées. Petit coup de scratch, break et on s’engouffre dans la chaleur du sexe et dans le délire de la drogue. Le rappeur débite une histoire blindée de grosses rimes. Ambiance tamisée parfumée à la Guinness, mélancolie des pubs irlandais transpirant la bière, choeurs soul, c’est un subtil mélange auquel s’est livré Rejjie Snow et force est de constater qu’Olga (1984) est l’énorme coup de cœur de la mixtape.

« And don’t blame it on the beers, but cheers / All I wanna do is shed a tear »

Première mixtape de l’Irlandais, Rejovich s’achève après seulement un gros quart d’heure. Le temps d’exposer tout le talent de Rejjie Snow. Même s’il est facile de comparer son flow à celui d’autres pointures, le rappeur est d’un nouveau genre. Celui d’une rencontre passionnée entre l’Europe et l’oncle Sam, entre péninsule et jazz. Ses deux récents singles (D.R.U.G.S et Pink Beetle) en sont bien représentatifs. Alors que le premier transporte directement sous le soleil ouest américain, la seconde laisse imaginer un Dublin froid et gangréné. On continue d’espérer un album et on guette du coin de l’oeil une potentielle date de sortie…
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Antoine Roché

Enfant des années 90, guitariste et étudiant en production musicale, c’est à travers mes articles que je vais vous faire partager ma passion pour l’univers de la musique, rempli de notes et de sentiments. Si le blues, le rock et le hip-hop sont mes domaines de prédilections, je reste néanmoins à l’écoute des différentes tendances du moment.

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