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Loyle Carner – Yesterday’s Gone mais demain n’est que douceur

Loyle Carner Yesterday's Gone
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Loyle Carner. Ce gamin du Sud de Londres. Lui que l’on a découvert sur 1994, featuring avec le trèfle en vogue Rejjie Snow. L’enfant de la capitale anglaise a bien grandi. Finis les titres indépendants diffusés en cachette sur Youtube. On parle cette fois du premier album du petit prodige anglais, du garçon métissé à la voix posée et à la sensibilité exacerbée. Yesterday’s Gone, c’est l’histoire d’un 20 janvier 2017, d’une investiture à la présidence américaine teintée d’obscurité et d’une douceur à laquelle on n’était pas préparé. Cet opus, c’est la sortie que l’on attend depuis ce début d’année 2017, décidément bien morne en terme de plaisir auditif.

Aucune surprise lorsque retentit The Isle Of Arran, titre déjà bien rodé sur les plateformes de distribution en ligne. Force est de constater que le track est fort, marqué par une identité profonde et tranché par un accent british non dissimulé. Tout gospel dehors, le flow du MC est aussi agressif que nonchalant. Oubliez les égo-trips, ici pas de nombrilisme à la Young Thug, Drake, Kanye (même si l’influence musicale de ce dernier est palpable) et consorts, pas une trace d’auto-tune, pas de trap. Cette fois on parle bien de hip et de hop façon fish & chips.

« Only say it if you’ll mean it in the morning / To me it seems a little more important / To see if she be breezy with that easiness of Autumn / Before we get all caught up in the calling »

Pourtant, c’est vers les frontières du pays de Trump qu’il faut regarder, vers ce pays aux couleurs noires et jazzy. La recette coule de source : notes de guitare feutrées, cuivres chauds à souhait, piano subtilement frappé et beats concoctés avec la caresse des balais sur la peau tendue d’une caisse claire. On dévore chacune des musiques de cet album empli de sentiments. Yesterday’s Gone, c’est cette bouteille de whisky âgée de cinq années que l’on sort un soir de mélancolie. Mean It In The Morning, +44, Ain’t Nothing Changed, Florence ou encore The Seamstress sont ces bouffées de tabac inhalées jusqu’au plus profond des poumons, ce goût boisé et alcoolisé qui envahit le palais à chaque gorgée.

Cette transpiration triste et humaine, Loyle Carner la retranscrit à merveille. Yesterday’s Gone n’est en aucun cas un remède, plutôt un traitement, un anesthésiant  amenant à penser, réfléchir, analyser ces situations de déception. Carner se met à la hauteur de tout un chacun, loin des paillettes, de la baignoire de champagne et des liasses de billets verts. Des histoires, rien que des histoires relatant les déboires de vous et moi, sur un rythme aussi entraînant qu’hypnotisant. Difficile de ne pas succomber aux charmes de l’Anglais qui débite un rap intime et authentique. Il faut dire que la perte de son beau-père plane sur cet album. Loin d’un bonheur noyé dans l’abondance, le rappeur est du genre à  passer du temps derrière les fourneaux à concocter des recettes de velours dont il a le secret pour aider les enfants malades – Chili Con Carner – plutôt qu’à frimer au volant d’un bolide. Featuring bien senti avec Tom Misch (Damselfly), rap a cappella (+44), voix de sa mère sur Sun Of Jean,  on hume sur ses musiques un parfum de Mos Def, celui d’un Bronx glacé dans une atmosphère taillée à la pierre d’une cave de club au cœur de Harlem.

« There ain’t no-one to believe in, I’m on that man side / Damn right, doing it myself from a landslide / Stand by, didn’t need no help from no damn guy / Man by, I’ve been making waves all my damn life / Planned my step to the letter and I stand by it »

Le gamin de 22 ans est en marge de conquérir la planète rap avec un style qui lui est propre, avec une maturité et une humilité que beaucoup peuvent lui envier. Scouser assumé, Carner mérite pourtant de porter ce haut rouge sang, ce col noir relevé et ce maillot floqué du 7 de Cantona. En l’honneur de son défunt parent, Carner fait flotter les couleurs de United lors de ses prestations scéniques. Yesterday’s Gone, c’est un toucher aussi subtil que celui de Beckham, la frappe chirurgicale de Paul Scholes, une combativité à la Steven Gerrard et l’émotion du derby de la Mersey. You’ll Never Walk Alone Loyle, les oreilles de Stretford End sont tournées vers toi et ton hip-hop enivrant. Après avoir été adoubé par des pointures telles que Nas ou Joey Bada$$, avoir conquis la scène de Glastonbury, Loyle Carner nous donne rendez-vous au Badaboum le 25 février. See u there lads.

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Antoine Roché

Enfant des années 90, guitariste et étudiant en production musicale, c’est à travers mes articles que je vais vous faire partager ma passion pour l’univers de la musique, rempli de notes et de sentiments. Si le blues, le rock et le hip-hop sont mes domaines de prédilections, je reste néanmoins à l’écoute des différentes tendances du moment.

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