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DAMN : Kendrick Lamar écrit l’histoire

Kendrick Lamar DAMN
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IV. Le nouveau morceau du jeune prodige inonde la toile du 23 mars. Ca y est, c’est officiel, Kendrick Lamar est de retour avec l’album DAMN annoncé le 14 avril. HUMBLE débarque sur Youtube dans un clip tout feu tout flamme et The Heart Part IV ne figure même-pas sur le track listing de l’album. Comme pour mieux nous rappeler l’insolence de Roi Kendrick. Faites place, « Omar comin’ Yo ».
Deux années sont passées depuis la sortie retentissante de To Pimp A Butterfly, cinq depuis la folie de Good Kid, M.A.A.D City,  l’Amérique a cédé à la mégalomanie et se construit autour de deux visages qui s’opposent. Kendrick a des choses à dire, soyez-en sûrs. 

Quand commence DAMN, on s’imagine à cheval au milieu d’une terre désertique du Nevada. Ambiance western spaghetti, cuir en peau d’ours et canon scié à l’épaule : douces notes de violon un peu mélancoliques, un peu épiques. BLOOD est une bande-originale, on se laisse happer par cette introduction qui plonge dans le Baltimore de The Wire. Et c’est le rôle de conteur qu’endosse l’étoile Lamar. « Are we gonna live or die ? », un homme se fait tuer par une femme aveugle, un coup de feu éclate. Le ton est donné. Straight Outta Compton, N.W.A … Tous les éléments sont là, DAMN est grand, très grand. 

« I got, I got, I got, I got / Loyalty, got royalty inside my DNA »

Puis commence DNA. Et cette fois, le talent extraordinaire de Kendrick nous saute aux oreilles. La transition se fait de manière si naturelle qu’il est impossible de la dissocier du morceau précédent. BLOOD et DNA ne forme qu’une seule et même histoire, sont issues du même génome. Tandis que la première pose le décor et instaure une montée progressive, la seconde rompt le silence avec un kick explosif et enfin on l’entend, l’enfant doré de Compton, tuer tout le rap game avec une facilité déconcertante. C’est lui, le Super Sayen légendaire. Les rimes s’enchainent, bars after bars, l’administration Trump se fait bombarder par un hymne où Kendrick exprime avec rage sa fierté d’être noir. Subtil, il incorpore à la production les notes de guitare de HUMBLE. Puis « five, four, three, two, one », départ d’Ariane IV direction les étoiles. Le MC nous régale d’un banger qui te frappe le torse avec la force du Bronx. Ces cinq premières minutes sont une déferlante. Kendrick Lamar transmet une énergie, une puissance, qui n’émanent que lors de prestation live. Vraiment, si certains en doutaient encore, Kendrick Lamar ne joue plus dans la même cours. DAMN !

Kendrick Lamar Damn

YAH permet de reprendre son souffle après la claque reçue, tandis que les jumelles ELEMENT et FEEL reprennent le fil de l’histoire que nous rappe Kendrick avec génie. C’est LeBron James, l’autre roi américain qui dévoilait des passages d’ELEMENT dès jeudi. L’atmosphère est maîtrisée, le morceau s’agrémente de plusieurs saveurs, dévoilées au gré des notes de piano déposées par James Blake. Le quatrième titre est une grande réussite, il surprend (la descente jazz sur quelques notes…) et invite FEEL avec adresse. Virée aérienne, la musique nous invite à perdre pied sur un beat qui diffuse des caisses de soleil. Le flow de Kendrick ne baisse pas en intensité, le Californien s’adapte à chaque variation avec une finesse déconcertante.
Loyalty 
est clairement le morceau qui a été conçu et pensé pour les radios. Featuring avec Rihanna, refrains chantés, ce titre est prend des allures de troll tant sa banalité détonne du génial contenu restant. Pas mal.
Finies les valses entre chansons, cette fois les tracks s’expriment individuellement pour notre plus grand plaisir. PRIDE surprend, la production est très hawaïenne, très palmier, très Mac DeMarco. Kendrick n’en ai pas moins à l’aise et taquine le micro de nonchalance. Puis HUMBLE et sa partie instrumentale démoniaque retourne les sens « Be humble / Sit down / Be humble / Sit down » . Ego-trip assumé, ce tube en puissance est tout feu tout flamme.

Les chants de LUST ne sont pas sans rappeler Nate Dogg et s’accompagnent d’un rap vif et tranchant du virtuose de Compton. DAMN n’a toujours pas baissé en intensité quand LOVE s’invente en chant R’n’B so 90’s. Cette fois, c’est sur le territoire de Frank Oceans que Kendrick s’aventure. Sans jamais caricaturer, il livre un récital de haute volée et prouve sa place au panthéon du hip-hop. Et en plus, le rappeur est capable de donner une seconde vie à U2 avec XXX. Irréel. Bono et Kendrick s’y répondent à travers un triste portrait de l’Amérique actuelle.

« Johnny don’t wanna go to school no more, no more / Johnny said books ain’t cool no more (no more) / Johnny wanna be a rapper like his big cousin / Johnny caught a body yesterday out hustlin’ « 

Et puis finalement retentit dans un murmure la guitare de FEAR. Transpiration west coast instantanée, sensualité, douceur du velours, le thème de The Heart Part IV est transformé en trésor de groove. G-funk à toute allure, ici c’est Compton, ici c’est D.R.E, ici c’est Xxplosive. La peur, celle qui pèse sur l’ère de Lamar. « La peur est le chemin vers le côté obscur : la peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine… mène à la souffrance ». Kendrick ne serait-il pas finalement l’élu ? GOD et DUCKWORTH clôturent l’album et l’on comprend alors à quel point DAMN marquera son temps. Alors qu’il fête cette année son trentième anniversaire, l’enfant génie replace Compton tout en haut de la carte hip-hop. Après avoir digéré l’héritage de la musique afro-américaine (jazz, funk, soul, blues…) avec To Pimp A Butterfly, Kendrick démontre avec DAMN qu’il a les épaules pour porter à lui seul la scène de Los Angeles. Il regroupe le meilleur des diamants de Compton : les productions de Dre, l’engagement politique de 2Pac, le chant de Nate Dogg, le charisme de N.W.A. … tous s’expriment à travers la musique du rappeur. La couronne de roi de Compton a semblé trop lourde pour The Game, Kendrick s’en ai emparée et n’est pas prêt de la lâcher. Et voilà qu’il se plaît à laisser traîner des indices sur une potentielle sortie d’un deuxième album dimanche, soit deux jours plus tard. A la manière d’un The Game, justement, qui a sorti The Documentary 2.0 et The Documentary 2.5 pour réconcilier les Bloods et les Creeps, deux gangs de Compton. Décidément, DAMN est historique. Mais où t’arrêteras-tu, Kendrick ? DAMN.NATION?

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Antoine Roché

Enfant des années 90, guitariste et étudiant en production musicale, c’est à travers mes articles que je vais vous faire partager ma passion pour l’univers de la musique, rempli de notes et de sentiments. Si le blues, le rock et le hip-hop sont mes domaines de prédilections, je reste néanmoins à l’écoute des différentes tendances du moment.

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